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COP30 : Entretien avec... Géraldine Pflieger

La 30e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP30) s’est déroulée la semaine dernière à Belém, au Brésil. Géraldine Pflieger était la représentante scientifique au sein de la délégation officielle suisse. Elle est professeure en politiques urbaines et de l’environnement à l’Université de Genève. Après la conférence, nous souhaitions obtenir une analyse scientifique de ce qui a ou n’a pas été décidé lors de la COP30.

#SGCD24 Speaker: Géraldine Pflieger
#SGCD24 Speaker: Géraldine Pflieger
#SGCD24 Speaker: Géraldine PfliegerImage : Andres Jordi, SCNAT
Image : Andres Jordi, SCNAT

ProClim : à la suite de la COP de l’année dernière, vous affirmiez être « très préoccupée par les faibles résultats obtenus en matière d’atténuation et d’ambition. Il est clair qu’aucun progrès n’a été réalisé sur ces questions entre la COP28 et la COP29 ». A Belém, aucun plan n’a été approuvé dans le but d’abandonner progressivement le pétrole, le charbon et le gaz. Comment analysez-vous cela s’agissant de l’atteinte de l’objectif de 1,5°C ?

Pflieger : Il est vrai qu’aucun plan ou feuille de route concrète n’a été approuvé pour sortir des combustibles fossiles. De plus, la transition vers l’abandon des combustibles fossiles est le critère pour évaluer les résultats des COP dans le domaine de l’atténuation. Mais cet objectif est confronté au veto récurrent des pays producteurs et de nombreux pays consommateurs de pétrole, ce qui s’est à nouveau produit lors de la COP30.

Dans le domaine de l’abandon des combustibles fossiles, le processus de décision unanime au sein de la COP rend improbable l’adoption d’un accord ambitieux sur cette problématique. Un accord complémentaire pourrait être plus efficace et vertueux à court terme.

Quant à la capacité de rester en dessous de la limite de 1,5°C, tous les scientifiques sont unanimes pour affirmer que la probabilité est de plus en plus réduite ou même égale à zéro, avec un budget carbone restant à ce jour de seulement 130 gigatonnes d’équivalent CO₂ (CO₂e). Toutefois, chaque dixième de degré compte et les enjeux restent les mêmes pour limiter l’ampleur du dépassement. De ce point de vue, la nécessité d’augmenter le niveau d’engagement des Etats, dans le contexte de leurs Contributions déterminées au niveau national et la mise en œuvre de leurs engagements demeurent prioritaires.

Au début de la COP, près de 80 pays se sont exprimés en faveur d’une feuille de route afin d’abandonner le carbone, le gaz et le pétrole. Cette feuille de route sera-t-elle suivie ?

Cette feuille de route sera poursuivie en dehors des négociations sur le climat, à l’initiative des pays signataires de l’appel à la sortie des combustibles fossiles. Le développement d’un nouvel accord sur les combustibles fossiles par des pays tels que la Colombie et la création d’une alliance étatique souhaitant accélérer la sortie des combustibles fossiles semblent plus prometteurs. En effet, il est important de ne pas simplement cibler les producteurs de pétrole, mais d’avoir un mécanisme international qui reconnaît la responsabilité commune des pays consommateurs et producteurs dans le défi considérable posé par un abandon juste des combustibles fossiles.

Voyez-vous aussi des décisions positives prises lors de la COP ?

La COP a été le théâtre de plusieurs avancées importantes. Tout d’abord, une transition juste a été consolidée par la création du Mécanisme d’action de Belém, une plate-forme dédiée au soutien des travailleuses et travailleurs ainsi que des communautés dans la transition climatique. Il s’agit d’une étape importante, étant donné que le GIEC démontre clairement qu’une transition ne pourrait être efficace que si elle est juste et équitable.

Ensuite, un Plan d’action Genre a été adopté pour la période 2026-2034, dans le but d’intégrer l’égalité des genres dans les politiques climatiques. Cependant, le plan utilise un langage faible dans le domaine des droits humains et souffre de la limitation de son financement.

En ce qui concerne l’adaptation, la COP a approuvé 59 indicateurs initiaux afin de mesurer le progrès, ce qui constitue un pas en avant essentiel. Enfin, les pays se sont engagés à tripler l’adaptation financière et à lancer un cycle de financement pour les pertes et les dommages dans le but d’améliorer le soutien des nations vulnérables aux impacts climatiques.

Dernier point, mais pas le moindre : comment voyez-vous le rôle de la science, peut-elle se faire entendre entre les intérêts géopolitiques et les différentes organisations de lobbying ?

La science s’est une fois de plus trouvée au centre de défis majeurs et de nombreux pays influencés par les lobbys du pétrole ont tenu des discours minimisant le rôle de la science et contestant des faits scientifiques établis. Nous avons même entendu des remarques de pur déni climatique, contribuant à affirmer que la hausse observée des températures n’était probablement pas aussi importante qu’actuellement mesurée.

La décision finale de la COP a toutefois réussi à contrer ce mouvement en appelant pour la première fois à combattre la désinformation climatique. Le rôle des institutions clés telles que le GIEC, sa légitimité et son intégrité, sa capacité à inclure différents systèmes de connaissance sont toutes des actions urgentes qui doivent être entreprises pour répondre aux attaques contre la science. La science ne doit pas seulement se faire entendre parmi les intérêts géopolitiques, mais être saisie par les grandes démocraties qui doivent se tenir garantes de négociations totalement ancrées dans des preuves et des faits scientifiques.

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